>> Un écomusée retraçant le passé minier de Jinguashi s’apprête à transformer ce hameau endormi en un site touristique débordant de vie qui pourrait éclipser la localité voisine plus connue de Jiufen
Jinguashi fut en d’autres temps l’un des premiers sites miniers de l’île. Pourtant, malgré son héritage culturel et son importance historique, ce hameau de la commune de Ruifang a été supplanté par son voisin Jiufen, très apprécié des touristes.
Jiufen, ancien centre de l’exploitation du minerai aurifère, avec ses nombreuses maisons de thé et boutiques d’artisanat, ses pittoresques venelles et ses volées d’escaliers sinueux, attire les foules du week-end depuis plus de vingt ans.
Tout ceci pourrait bien changer cet été, avec l’ouverture de l’écomusée de l’Or qui placera Jinguashi, tout aussi pittoresque, sur les cartes touristiques.
En fait, la production de Jinguashi ne se limitait pas au métal jaune : les filons de cuivre y furent en d’autres temps assez considérables pour faire de l’endroit le centre asiatique de cette industrie minière, et le minerai d’argent y était encore plus abondant que l’or.
C’est en 1890 que ces métaux précieux furent découverts. Au cours des cent années suivantes — jusqu’en 1987 exactement, l’année où les activités d’extraction cessèrent définitivement —, quelque 2 millions de tonnes de métaux précieux ont été extraites d’un réseau de galeries de 450 km.
La réalisation de l’écomusée, financée conjointement par les autorités du district de Taipei, la société Taipower et l’entreprise publique Taiwan Sugar, a coûté 200 millions de dollars taiwanais. Les travaux, qui ont débuté en novembre dernier sur le site de l’ancienne mine de cuivre, devaient s’achever au cours de l’été.
La partie ouverte au public depuis le mois dernier comprend un musée, un centre écologique et des sentiers suivant le tracé de l’ancien chemin de fer de la mine. Le reste des aménagements devrait être achevé fin 2004 et inauguré début 2005. On pourra alors visiter d’anciens dortoirs de mineurs datant de la période japonaise, et une résidence d’été dans laquelle séjourna Hirohito, alors prince héritier du Japon.
Outre les expositions et les agréables sentiers en lacets, les visiteurs pourront également pénétrer dans un puits de mine désaffecté et observer son immense système de ventilation, qui a été restauré et promet de devenir le clou de la visite.
Ce projet susceptible de transformer Jinguashi, arrière-pays assoupi, en site touristique, inquiète les habitants de Jiufen qui prospèrent depuis si longtemps grâce à ce même tourisme.
« J’en ai entendu parler et je me fais du souci, soupire, cigarette aux lèvres, un préposé de parking. Le parc sera vu comme une nouveauté, ce sera l’endroit où il faudra aller pour être branché… Alors qu’ici, il n’y a rien de nouveau. Regardez autour de vous : même si nous voulions réaliser de nouvelles installations touristiques, il n’y a pas la place pour cela. »
Tseng Shui-chih [曾水池], propriétaire et conservateur du musée de l’Or de Jiufen, créé en 1993, est encore plus véhément dans ses critiques du projet de Jinguashi et de son financement. « Bien sûr que je suis en colère ! Pendant presque vingt ans, Jiufen a su rester une destination touristique très populaire. Nous n’avons pour ainsi dire jamais bénéficié de fonds publics, pourtant nous avons rapporté des sommes énormes à l’économie nationale. Ils investissent tout cet argent dans une nouvelle infrastructure touristique à Jinguashi alors qu’il y a déjà quelque chose ici. C’est comme si on nous avait oubliés. »
Chiang Min-chin [江明親], qui doit prendre la direction du nouveau musée, réfute cette vision des choses. Jiufen n’a pas été oublié, tout au contraire, dit-il. L’objectif est de stimuler le développement économique des deux anciens sites miniers. « Je pense que les gens cèdent à la panique lorsqu’ils disent que les nouvelles installations seront fatales au tourisme de Jiufen. L’endroit est si célèbre que l’on continuera d’y aller de toute façon, affirme-t-il. Ce projet ne bénéficiera pas seulement à Jinguashi, on peut plutôt dire que ce sera positif pour les deux sites. »
L’or, l’argent et le cuivre de Jinguashi sont depuis longtemps épuisés, mais les visiteurs pourront toujours jouer aux orpailleurs. Selon Jack Wu [吳鎮宇], membre de l’administration de l’écomusée, on peut en toute légalité s’amuser à tamiser les alluvions des nombreuses rivières des environs, même si les chances d’y trouver la moindre paillette sont incroyablement faibles. ■
Un passé difficile
Bien que des sommes importantes ont été investies pour transformer Jinguashi en un lieu de détente, son passé n’est pas sans ombres. De novembre 1942 à août 1945, cette ville minière, qui s’appelait alors Kinkaseki, abrita un camp japonais de prisonniers de guerre de sinistre mémoire.
« Nous n’avons certainement pas l’intention de cacher les aspects moins agréables de l’histoire de Jinguashi, affirme Chiang Min-chin, directeur de l’écomusée de l’Or de la localité. De concert avec la Société de commémoration des camps de prisonniers de guerre [TPOWCMS], nous avons prévu une exposition permanente sur cet épisode. C’est après tout une page de l’histoire locale qui ne peut être ignorée. »
Plusieurs centaines de prisonniers de guerre travaillèrent dans ces mines qui recelaient les plus importants filons de cuivre de l’empire japonais. Plus d’un millier d’hommes appartenant aux troupes du Commonwealth ou aux forces alliées furent internés à un moment ou à un autre à Kinkaseki, où ils furent soumis à des traitements inhumains, privés des soins médicaux les plus élémentaires et fouettés par leurs gardiens, s’ils n’extrayaient pas leur quota quotidien de minerais.
« Je pense qu’il est nécessaire et positif d’inclure dans l’exposition sur l’histoire de Jinguashi et de ses mines des documents concernant le camp d’internement », écrit dans un courriel Michael Hurst, décoré de la Medal of British Empire, président de la TPOWCMS. « La raison principale pour laquelle cette page d’histoire est mal connue, poursuit-il, est que les Japonais ont tout fait pour tenir la population locale dans l’ignorance de ce qui se passait à Kinkaseki et dans les autres camps de l’île. » ■
G.P
Pour en savoir plus, consulter le site de la TPOWCMS : www.powtaiwan.org